La souffrance n’était rien comparée à la joie qu'il m’était donnée de vivre en cette Conscience. Et je souffrirais mille morts que cela ne serait encore rien à côté de cette Joie qui m’emporte sans cesse jusqu’au centre de Nous, au centre de Vous, au centre de Soi, au centre de Tout. Le bonheur de s’émerveiller en rencontrant l’osmose sur cette île désertée de décor, de murs et de fers barbelés est tout bonnement indécent, c’est une irrévérence à la morale inculquée par le mythe de la souffrance que les reliques religieuses propagent. Cette irrévérence est pure présence, laissez-moi la nommer « la plus saine indécence ». Elle encense mes sens… Et j’en oublie mon nom… Sans nom, c’est là que je découvre l’orgasme d’être en vie… J’étais si ivre de « ouï », « ouï », « ouï », que « non » sonnait comme « ouï »… Non pas que je ne comprenais pas ce que « non » voulait dire, je ne faisais pas la sourde oreille, simplement je m’en accommodais pareillement qu’un « ouï ». Si je devais m’énerver, et cela arrivait, c’est qu’on cherchait à me faire prendre des vessies pour des lanternes, ou des soleils pour des guirlandes, par la force d’une persuasion qui flirtait avec la perversion. Alors là, je disais « non », d’un « non » catégorique… Mais comme « catégorique » est très très limité, « ouï » n’était jamais bien loin… Je finissais par me demander si j’allais pouvoir retourner à une vie que les administrateurs des temps modernes appellent normale, celle qu’ils ont construite sur les fondements d’une opposition castratrice. Mieux valait risquer ma peau que de trahir mon âme me disais-je tout bas. C’était décidé… Je filerai à l’anglaise… De toute façon, sans ailes je n’irai pas plus loin, et ce "plus loin" ne pouvait rester si pieds sous terre indéfiniment… L’horizon n’a de fin que dans l’esprit qui se berce d’illusions… Ma berceuse, à moi, avait plutôt l’air de se chanter à la verticale, mes mains ne quittaient pas cette barre qui me donnait l’aspect de ne jamais tomber, du nord au sud je voyageais, je glissais les cheveux au vent, mes mollets parfois se balançaient à l’Est ou à l’Ouest les jours de grand tourments, mais je gardais le cap vers le château fort qui scintillait là-haut… Et là-haut, c’est dedans ma grande… Quoi qu’il advienne, et où que j’aille, ma tête suivait l’Etoile qui brille au Nord le plus au Nord, celui où toutes les directions nous mènent… C’est là que je vais car c’est là que je vis…  Après ma chevauchée du diable dans le désert mongole, je ramène le Soleil sur les dunes enneigées de ma douce Laponie.

 

L.M

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